Conforme au plan ≠ montable
Checklist “zones fonctionnelles” en tôlerie fine (références d’assemblage surfaces d’appui et points de positionnement, jeux, interfaces, contraintes de montage)
Pourquoi cette fiche existe
En tôlerie fine, on voit régulièrement des pièces conformes au plan (dimensionnel OK) qui posent un problème au montage : ça force, ça ne s’aligne pas, un insert travaille en contrainte, un capot ne ferme pas sans reprise.
Le piège classique : le plan décrit la géométrie, mais ne traduit pas explicitement la fonction d’assemblage.
Objectif de cette checklist : identifier, en 5 minutes, les zones fonctionnelles à figer (et à contrôler) pour éviter retouches, tri, itérations, et blocage de série.
La règle d’or (simple)
Tout n’est pas critique.
Ce qui doit être verrouillé, ce sont les zones qui pilotent réellement :
- Le positionnement de la pièce dans l’assemblage,
- Les jeux nécessaires au montage,
- Les interfaces (perçages/oblongs/recouvrements/appuis),
- Les contraintes de fabrication qui font dériver ces interfaces (pliage, déformations locales, finitions).
Checklist : 5 zones fonctionnelles à verrouiller
1) Datums (références d’assemblage surfaces d’appui et points de positionnement) / références réelles d’assemblage
Question : sur quoi la pièce se référence-t-elle au montage ? (appuis + positionnement)
- Appuis réels : faces de contact, retours, portées, zones d’appui.
- Positionnement réel : trous, axes, surfaces, bords, détrompeurs.
À verrouiller : A/B/C (ou équivalent) cohérents avec le montage.
Signal faible : “on cote tout depuis un bord pratique” alors que le montage se fait sur d’autres appuis → tu auras un “conforme” inutile.
2) CTQ (caractéristiques critiques) : zones critiques (5 à 10 max)
CTQ = Critical To Quality : cotes et exigences qui conditionnent l’assemblage et la fonction.
Exemples typiques en tôlerie :
- Entraxes / position vraie d’un perçage ou oblong,
- Planéité d’une zone d’appui,
- Perpendicularité d’un retour qui sert de guidage,
- Alignement de découpes/fenêtres,
- Jeu mini garanti.
À verrouiller : 5–10 CTQ maximum (pas “tolérances partout”).
Signal faible : tolérances générales appliquées à une interface critique → empilement + dérive inévitable au montage.
3) Jeux fonctionnels + empilement (le vrai coupable)
Un assemblage “qui force” vient rarement d’une seule cote : c’est l’addition de dispersions.
À poser explicitement :
- Quel est le jeu mini nécessaire au montage (réel, pas théorique) ?
- Quelles dispersions s’additionnent : pièce + pièce + fixation + montage ?
À verrouiller : jeu mini + logique simple d’empilement (même qualitative).
Signal faible : “ça passe en proto” mais pas en série → le jeu n’était pas dimensionné pour la dispersion.
4) Pliage : quand l’interface dépend du pli (et dérive)
Dès qu’une interface est liée à du pliage, tu as des phénomènes qui ne se voient pas sur le plan :
- Ressort (springback), rayon effectif,
- Planéité/perpendicularité après pli,
- Déformation locale autour d’un pli, surtout près d’un trou/oblong.
À verrouiller :
- Quelles cotes sont prises au développé vs au plié,
- Quelles surfaces font référence (datums côté “fonction”)
Signal faible : position de perçages/oblongs référencée à un bord plié → dérive au montage malgré “conforme”.
5) Contraintes de montage / accessibilité (inserts, vissage, rivetage)
Une pièce peut être dimensionnellement OK et impossible à monter proprement.
À vérifier :
- Accessibilité outil (sertissage inserts, vissage, rivetage),
- Ordre d’assemblage (ce qui doit passer avant quoi),
- Zones à ne pas mettre en contrainte (inserts, portées, appuis),
- Risques de marquage/déformation lors du montage.
À verrouiller : contraintes d’accès + zones “sensibles”.
Signal faible : ajout tardif d’un insert/vis → contrainte locale + reprise au montage.
Mini “test rapide” (30 secondes)
Si vous cochez 2 de ces situations, vous êtes dans la zone à risque :
- Pas de datums clairement alignés sur le montage réel,
- Une interface critique pilotée par tolérances générales,
- Cotes fonctionnelles référencées à du plié,
- Jeu mini jamais écrit (ou jamais justifié),
- Montage/inserts non pensé “accessibilité + ordre”.
Ce qu’on recommande de figer avant devis / avant série (sans surcharger le plan)
Si cette checklist remonte des zones floues, l’étape suivante est de formaliser une spécification fonctionnelle minimale :
- Montage de référence (appuis/positionnements),
- CTQ (5–10 max) + tolérances ciblées,
- Contrôlabilité (FAI + points de mesure).
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