Revue de faisabilité/industrialisation validée trop tard : la boucle qui fait exploser coût + délai (et “pollue” la qualité)
Le pattern qu’on voit en sous-traitance tôlerie
On consulte sur un plan “fonctionnel”, on obtient un devis, puis la revue réelle arrive après : questions atelier → retours → modifs → re-chiffrage → re-lancement.
Ce n’est pas un problème de compétence. C’est un problème de timing : on découvre trop tard des contraintes de fabrication qui obligent à re-optimiser.
Le mécanisme (simple)
Quand le DFM arrive tard, on révèle des micro-incompatibilités qui coûtent très cher après engagement :
- Pliage : rayons incohérents, flans trop courts, séquence impossible → setups + reprises
- Découpes/perçages près des plis → ovalisation, marques, déchirures, rebut
- Tolérances “par défaut” trop serrées partout → contrôle lourd + ajustage + rework
- Finition / aspect / propreté (très sensible en médical) non cadrés → sur-qualité, masquage, retouches
- Montage non pensé (accès outil, inserts, auto-positionnement) → gabarits, instabilité dimensionnelle, délai
Le correctif : une revue “minimum viable” AVANT RFQ/devis
Objectif : sécuriser 80% du risque coût/délai en 10–15 minutes, sans figer tout le design.
On utilise des repères revue (règles de pouce) largement partagés dans les guides tôlerie, puis on traite explicitement les exceptions (reliefs, formes alternatives, tolérances, séquence). Par exemple :
- Flan mini souvent pris à ≈ 4× l’épaisseur (repère “rule of thumb”)
- Trous à tenir à ≥ 2,5× l’épaisseur du pli (et davantage pour lumières)
Important : ces ratios sont des repères (matière, rayon, outillage, aspect, criticité peuvent les faire varier).
Spécificité “médicale” : pourquoi la boucle coûte encore plus
Même si vous ne demandez pas ISO 13485 à tous les fournisseurs, les fonctions Achats/Qualité appliquent une logique risk-based : évaluer/qualifier les fournisseurs et définir le type et l’étendue des contrôles en fonction des résultats. C’est explicitement décrit dans les Purchasing Controls FDA (21 CFR 820.50).
Donc si le DFM est tardif, vous payez double :
- Rework industriel (délais/coûts)
- Rework “qualité” (contrôles/justifs/retours doc)
Ce que vous gagnez si la revue “minimum viable” est faite tôt
- Devis stable (moins d’allers-retours / re-chiffrages)
- Délai fiable (moins de reprises)
- Moins de charge BE/Méthodes/Achats
- Qualité perçue meilleure (aspect/finitions cadrés)
La checklist ci-dessous est conçue pour être exécutée avant envoi en consultation (ou au pire au moment de cadrer la RFQ).
Checklist revue de faisabilité/industrialisation (1 page) — “anti-boucle coût/délai”
0) Règle du jeu (à afficher en haut)
- Les ratios ci-dessous sont des règles de pouce issues de guides revue de faisabilité/industrialisation. Si une contrainte vous oblige à les violer : on le rend explicite (relief, forme alternative, ordre op, tolérance, contrôle).
1) Pack d’entrée (sinon revue incomplète = aller-retour assuré)
- 2D + 3D STEP, indice/version univoques
- Matière + état + épaisseur, sens de grain si impact esthétique/pliage
- Volumes : proto / présérie / série + cadence (lot / annuel)
- Finition attendue + zones cosmétiques vs zones non vues
- CTQ listées : cotes réellement fonctionnelles (interfaces, alignements, planéité, etc.)
2) Pliage (coût caché n°1)
- Rayons cohérents sur la pièce (évite multi-outillages / variabilité)
- Flan mini : repère ≈ 4× épaisseur (sinon risque / coût)
- Séquence de pliage plausible (pas de “pli enfermant” non réalisable)
3) Trous / lumières / découpes (risque déformation)
- Distance trou ↔ pli : repère ≥ 2,5× épaisseur
- Lumières/slots : prévoir davantage de marge (déformation plus probable)
- Si proximité inévitable : prévoir relief/forme adaptée ou perçage après pliage (coût ↑ mais maîtrisé)
4) Tolérances & dessin (coût caché n°2)
- Tolérances serrées uniquement sur CTQ (le reste = tolérance générale)
- Mettre une tolérance générale type ISO 2768 + surcoter les CTQ uniquement (évite “sur-qualité partout”)
- Dimensions “à travers pli” : tolérance réaliste (sinon contrôle + rework)
5) Assemblage / montage (éviter le “gabarit surprise”)
- Auto-positionnement prévu (tabs/slots, références d’assemblage)
- Accès outils (inserts/sertissage/vissage), ordre d’assemblage, dégagements
- Si soudure : prévoir stratégie anti-déformation (bridage, ordre des cordons)
6) Finition / aspect / nettoyabilité (médical : ne pas laisser implicite)
- Préciser zones cosmétiques vs non vues (sinon sur-qualité)
- Arêtes/bavures : exigence explicite (sécurité + propreté)
- Si surfaces exposées au nettoyage/désinfection : éviter niches/crevasses, définir l’attendu d’état de surface sur zones critiques (la nettoyabilité dépend fortement de la finition/rugosité). G. Achats / Qualité (médical : cadrer le niveau de contrôle)
- Définir le type et l’étendue de contrôle attendu (CTQ, fréquence, docs) selon criticité
- Rappeler que le niveau de contrôle fournisseur est défini à partir de l’évaluation (logique Purchasing Controls FDA).